Parcourir le Japon en train, c’est parfois d’une facilité déconcertante, parfois d’une complexité qui donne le tournis. On peut lire tout ce qu’on veut sur les usages ou la politesse, il y a toujours cet instant où l’on commande, à la table du soir, des brochettes de peau de poulet sans trop savoir pourquoi. Et même quand la confusion s’installe, une chose ne change jamais : la gentillesse des Japonais. Un vendeur incapable d’indiquer la boîte aux lettres en anglais qui abandonne sa boutique pour vous y conduire, des étudiants de Nara qui proposent de vous guider juste pour pratiquer l’anglais, un propriétaire de ryokan qui vous embarque dans sa voiture privée parce qu’il pleut… Les exemples s’accumulent. Jamais ailleurs nous n’avons été aussi bien accueillis et, paradoxalement, rarement aussi anonymes que dans l’archipel.
À l’étranger, difficile de passer inaperçu au Japon. On est visible, mais jamais importuné : aucun vendeur ne vous saute dessus, jamais un regard insistant pour votre appareil photo. Difficile d’imaginer une destination plus sûre pour voyager sans souci. La criminalité reste minime, et même si les séismes sont fréquents, les dégâts matériels sont rares. Voyager au Japon n’est pas réservé aux fortunés : certes, c’est moins abordable que la Thaïlande, mais ce n’est pas plus cher qu’un séjour en Grèce. Ici, on trouve autant des sushis à petits prix que des viandes d’exception, comme le bœuf de Kobe. Les hébergements couvrent toute la gamme, de l’hôtel capsule économique au ryokan luxueux avec service personnalisé. Le Japon se découvre à tous les budgets, à condition d’anticiper. Prêt à partir ? Voici tout ce qu’il faut savoir pour sillonner l’archipel !
Shinkansen au Japon : l’art de voyager vite et bien
Notre périple sur rails a débuté à Tokyo, puis filé vers Kyoto, Nara, Takayama, Nikko et retour à Tokyo. Les trains à grande vitesse japonais, les fameux Shinkansen, offrent une expérience inégalée : ponctualité, confort, vitesse. Reliant Tokyo à Kyoto en seulement trois heures, ils permettent d’admirer des paysages superbes et, avec un peu de chance, un aperçu du Mont Fuji.
Pour circuler sans contraintes, le Japan Rail Pass reste la meilleure option, à condition de l’acheter avant de poser le pied sur le sol japonais, car il est impossible de l’obtenir sur place. Ce pass donne accès à tous les trains JR, sauf les Shinkansen les plus rapides. Nous avons trouvé le 21 jours particulièrement rentable, mais il existe aussi des versions régionales (East, Kansai, Sanyo, Kyushu, Hokkaido). On active son pass dès l’aéroport de Narita, puis on réserve ses places à la gare. Pour les imprévus, certains wagons restent accessibles sans réservation. Attention toutefois, pendant les grandes vacances nippones, les trains affichent complet des semaines à l’avance sur les lignes les plus fréquentées.
Dans les grandes villes, métro, trains de banlieue et bus assurent la navette. Les lignes JR permettent d’utiliser le pass, tandis que les tickets de métro s’achètent facilement aux distributeurs (menus en anglais disponibles). Les forfaits journée existent mais, en pratique, nous avons systématiquement pris des allers simples, chaque opérateur ayant ses propres lignes. Acheter un billet n’a rien de sorcier : une carte au-dessus du distributeur indique le prix selon la station. On sélectionne le nombre de titres, la ligne, on insère la somme, et les billets tombent. Simple, mais la première fois, on se sent vite perdu ! Il faut aussi savoir qu’il manque souvent ascenseurs ou escalators, ce qui complique la tâche avec poussette ou fauteuil roulant. Pour le bus, prévoyez de la monnaie : on paie en déposant l’appoint dans la boîte près du conducteur à la sortie, après être monté à l’arrière.
Repérer une adresse à Tokyo relève parfois de l’exploit : la logique occidentale n’a pas cours. Peu de rues ont un nom, la ville est découpée en arrondissements et quartiers, et les numéros suivent l’ordre de construction ! Trouver un hôtel sans plan détaillé demande patience et débrouille. Le plus efficace reste de descendre à une station voisine et de chercher dans le périmètre, sans trop s’attacher à la distance réelle sur la carte.
Saisons : choisir le bon moment
Le Japon offre quatre saisons bien dessinées. Si votre priorité est la douceur et le soleil, misez sur le printemps : les températures sont agréables et les floraisons spectaculaires.
L’été, particulièrement dans le sud et le centre, rime avec chaleur moite et averses fréquentes. Impossible d’y échapper totalement : un parapluie s’impose à Tokyo. Pour ceux qui recherchent la fraîcheur estivale, direction Hokkaido.
L’automne, avec ses journées limpides et ses températures modérées, séduit aussi. Seul bémol : les typhons du début de saison, qui peuvent entraîner des pluies diluviennes et des vents puissants.
L’hiver est plutôt froid, mais la neige reste rare à Tokyo. Les amateurs de ski peuvent profiter des stations, notamment à Nagano. Notez que la période du Nouvel An (fin décembre/début janvier) complique la réservation de billets de train ou d’avion.
Le printemps, quand cerisiers et pruniers sont en fleurs, attire le plus de visiteurs. Les conditions météo sont stables et la température idéale.
Évitez, si possible, la « Golden Week » (fin avril/début mai) : tout le Japon prend congé, les hôtels affichent complet et les trains sont pris d’assaut. Tokyo, à contre-courant, se vide alors de ses habitants. D’autres périodes de forte affluence à Tokyo : mi-février (examens universitaires) et de mi-juillet à fin août (saison des festivals).
De nombreux festivals jalonnent l’année, chacun ayant ses spécificités selon la ville et la saison. Avant de partir, vérifiez le calendrier des fêtes sur JapanVisitor.com pour ne rien manquer.
Tokyo, Kyoto & co : les villes à ne pas manquer
Tokyo
Mégapole tentaculaire, Tokyo fascine par la diversité de ses quartiers, son palais impérial, ses tournois de sumo et ses innovations technologiques. Impossible de faire l’impasse : ce n’est pas tant pour ses monuments que pour l’ambiance et le contraste entre tradition et modernité que la capitale séduit. Marché aux poissons, jeunes branchés de Shibuya, vue vertigineuse depuis un gratte-ciel… Tokyo se vit à chaque coin de rue.
Kyoto
Kyoto, miraculeusement préservée malgré les catastrophes, aligne jardins zen, forêts de bambous et temples par centaines. Si la chance vous sourit, vous croiserez une Maiko, apprentie geisha, filant dans une ruelle étroite. Ici, le Japon ancestral côtoie la ville contemporaine à chaque détour.
Pour approfondir votre découverte de la ville, découvrez mon guide de Kyoto.
Takayama
Takayama, entourée de montagnes, est une bulle de tradition. Sa vieille ville, parfaitement conservée, offre un bol d’air pur et un rythme loin du tumulte urbain.
Nara
Au cœur de collines verdoyantes, l’ancienne capitale Nara concentre sur un petit territoire de nombreux sites historiques, dont le célèbre temple Todai-ji. C’est aussi un haut lieu du saké : poussez la porte d’une brasserie, laissez-vous surprendre par des saveurs inédites, et testez pourquoi pas le fameux saké pétillant.
Nikko
Nikko, facilement accessible depuis Tokyo, est entourée de rivières sauvages et de sources chaudes. On y vient pour randonner dans le parc national ou visiter le sanctuaire de Toshogu, remarquable par sa richesse architecturale.
Se loger : du capsule hôtel au ryokan
Réserver un hébergement au Japon peut vite tourner au casse-tête sans passer par les grands sites comme Expedia ou hotels.com. Les hôtels de style occidental sont faciles à dénicher, mais dénicher une pépite authentique demande de la persévérance : la majorité des sites locaux n’existent qu’en japonais. Pour dénicher un ryokan accueillant à prix correct, nous avons fait appel à un spécialiste du voyage au Japon, et le service fut irréprochable.
Les options couvrent tous les budgets, mais même les hébergements les plus simples restent onéreux comparé au reste de l’Asie. Comptez environ 300 SEK par personne et par nuit pour un lit en capsule ou en auberge. Le capsule hôtel, typique de l’archipel, consiste en une « capsule » de 2 x 1,5 m, empilée dans un dortoir commun. Télé, radio et lampe y tiennent compagnie. Ces établissements sont souvent réservés aux hommes, mais certains acceptent aussi les femmes.
Impossible de passer à côté des auberges japonaises, ryokan ou minshuku. On y dort sur tatami, on partage parfois le bain, on découvre une cuisine mémorable. La différence ? Le service : au ryokan, une hôtesse vous sert un dîner de quinze plats dans votre chambre ; au minshuku, le repas est aussi soigné, mais pris dans la salle commune. Les tarifs varient du simple au double : 1000 à 2000 couronnes par personne et par nuit au ryokan, moitié moins au minshuku. Hors des grandes villes, les prix baissent et l’expérience gagne en authenticité, même si certains établissements ne parlent pas anglais.
À Tokyo et Kyoto, les grands hôtels internationaux pratiquent des tarifs comparables à ceux des grandes capitales : à partir de 500 couronnes par nuit et par personne. Précisez toujours si vous souhaitez une chambre non-fumeur.
Manger au Japon : un voyage à part entière
Les temples, les néons, les trains à grande vitesse… mais aussi la gastronomie ! Pour nous, le Japon a rimé avec découvertes culinaires et plaisirs inattendus. Soupe de nouilles glacée, brochettes de peau de poulet, plats à cuire soi-même sur plaque chauffante : tout a été surprenant et savoureux. Même les boîtes bento achetées à la gare sont une fête, chaque compartiment dévoilant une nouvelle saveur. Les chaînes occidentales existent (McDonalds, par exemple), mais les recettes y sont adaptées, comme le burger teriyaki rencontré à Tokyo.
Voici quelques spécialités à ne pas manquer, pour varier les plaisirs lors de votre séjour :
- Sushi : Ce plat emblématique signifie littéralement « riz vinaigré » et ne rime pas systématiquement avec poisson cru. Nigiri (boulettes de riz garnies), gunkan (riz entouré d’algue et garni d’œufs de poisson), norimaki (rouleaux d’algue), temaki (cornets d’algue à manger rapidement), inari (riz dans une poche de tofu frit)… Pour le sushi, on trempe le poisson (jamais le riz) dans la sauce soja, et le wasabi reste discret. Les restaurants à tapis roulant offrent des assiettes à prix doux.
- Bento : Le bento régale les voyageurs pressés : une boîte compartimentée qui réunit petites portions de viandes, poissons, riz et légumes, froide ou chaude. À la gare, il suffit de désigner celle qui vous fait envie parmi les modèles exposés.
- Sashimi : Poisson ou fruits de mer crus, découpés avec précision, à tremper dans la sauce soja sans accompagnement de riz.
- Soba, udon, ramen : Nouilles servies chaudes ou froides, parfois en soupe. Le yakisoba, nouilles sautées aux légumes, est particulièrement populaire.
- Nabe et plats mijotés : On cuisine à table dans une marmite. Le shabu-shabu consiste à plonger viandes et légumes dans un bouillon bouillant ; le sukiyaki, à tremper les aliments dans l’œuf cru avant de les déguster.
- Okonomiyaki : Spécialité à mi-chemin entre l’omelette et la pizza, cuisinée à même la table. On retourne la pâte à la spatule, une expérience à vivre au moins une fois, même si ce n’est pas le repas le plus rapide.
- Gyoza : Raviolis grillés, généralement farcis de porc et légumes.
- Gyudon : Bol de riz recouvert de bœuf mijoté à l’oignon, mirin, saké et sauce soja. Un classique des chaînes de restauration rapide, beaucoup plus savoureux qu’il n’y paraît.
- Yakitori : Brochettes de poulet grillé, toutes les parties de l’animal sont utilisées, y compris le foie ou la peau pour les plus curieux.
Usages et étiquette : naviguer avec respect
Aucune autre destination ne cultive autant le goût de la tradition et de l’étiquette. Un minimum d’attention suffit à se sentir à l’aise, mais quelques règles valent la peine d’être connues :
- Jamais de chaussures sur les tatamis : on les retire à l’entrée, on passe en chaussettes ou pieds nus.
- Des chaussons spéciaux sont réservés aux toilettes : on les enfile en entrant, et on pense à les quitter en sortant.
- Avant d’entrer dans un temple, une fontaine permet de se purifier les mains, certains Japonais se rincent aussi la bouche, mais toujours en recrachant à l’extérieur.
- Les bains japonais sont un rituel : on se lave soigneusement (assois sur un tabouret, on se rince avec un bol), puis on profite du bain partagé. Entrer sans se laver est mal vu.
- Il existe deux types de toilettes : à la japonaise (squat au sol) et à l’occidentale, parfois équipées de fonctions étonnantes, siège chauffant, jets nettoyants, musique d’ambiance ou séchage automatique.
- On ne se mouche pas à table, ni ne se cure les dents en public.
- Ne jamais verser de sauce soja sur le riz nature ; une coupelle est prévue pour tremper les aliments.
- Les sushis se mangent avec les doigts ou des baguettes, mais on trempe le poisson, pas le riz, dans la sauce soja, et on évite d’ajouter du wasabi sans raison, question de respect pour le chef.
- Ne plantez jamais vos baguettes dans le riz et ne les pointez pas vers quelqu’un : ce geste est réservé aux cérémonies funéraires.
Sécurité : voyager l’esprit tranquille
Le Japon figure parmi les pays les plus sûrs. Jamais un regard suspect sur nos affaires, jamais le moindre souci avec qui que ce soit. Néanmoins, le risque sismique existe : 20% des séismes de magnitude supérieure à 6 dans le monde touchent l’archipel. Un conseil : repérer les issues de secours à l’hôtel. En cas de secousse, abritez-vous sous une table solide, un lit ou un encadrement de porte, restez à l’intérieur et attendez la fin du tremblement.
Médias : rester connecté
Il est rare de trouver CNN ou des chaînes internationales dans les hôtels. Pour suivre l’actualité locale, le journal en anglais Japan Today s’avère très utile. Et côté télévision, préparez-vous à des jeux délirants, où le ridicule ne fait pas peur : défis absurdes, costumes extravagants et mises en scène improbables. Même sans parler japonais, on se laisse happer par ces émissions étonnantes. Il y a quelque chose d’unique à voir l’homme d’affaires croisé le matin en costume se retrouver, le soir, déguisé en mascotte sur un plateau TV.
Budget et dépenses : démêler le vrai du faux
Le Japon traîne derrière lui une réputation de pays cher, et les anecdotes sur le prix d’un jus à Tokyo circulent depuis des années. Pourtant, la réalité est plus nuancée : Tokyo n’est pas plus onéreuse que d’autres grandes métropoles. Certes, on ne compare pas la capitale japonaise à Bangkok, mais la qualité, la propreté et l’organisation sont incomparables.
On trouve des hébergements pour toutes les bourses, et il est facile de se régaler sans se ruiner, un bon plat peut coûter moins de 15 couronnes, les transports sont efficaces et économiques. Surtout, le spectacle permanent des rues, des néons, des gratte-ciel et des vitrines d’électronique ne coûte rien !
La consommation d’alcool reste plus discrète qu’ailleurs et la pratique du marchandage est très marginale.

Le Japon en train : mode d’emploi
Cela peut paraître évident certains jours, beaucoup moins d’autres : voyager en train au Japon réserve toujours quelques surprises…

21 photos qui donnent envie de partir au Japon
Japon. Quand l’automne s’installe et que le besoin d’évasion se fait sentir, rien n’égale ces images qui réveillent les envies de départ…
Recette : Gyoza
Voici notre version préférée des gyoza, pensez à préparer la sauce pour tremper, c’est la moitié du plaisir !
1er février 2014
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