Se retrouver sur la liste des départs précipités n’était pas prévu. Mais pour les cinq membres de la Mission Society au Cambodge et leurs familles, la pandémie ne laisse guère de choix. Sur fond de flambée du coronavirus et d’un accès limité aux vaccins, chacun fait ses valises pour un retour temporaire en Finlande.
Au Cambodge, la tension grimpe : cette “Semaine Noire” voit le nombre de nouveaux cas approcher le millier en une seule journée. Le pays, qui compte un peu plus de 16 millions d’habitants, tente de juguler l’épidémie par une vaste campagne de vaccination. L’objectif : immuniser tous les résidents de Phnom Penh et Kandal, soit près de trois millions de personnes, étrangers compris, avec le vaccin chinois Sinopharm. Ce dernier n’a toujours pas reçu le feu vert de l’Union européenne ni de l’OMS.
Pourquoi faire rentrer les Finlandais ? Olli Pitkänen, le directeur régional, résume la situation sans détour : « Nous voulons les mettre à l’abri de l’accélération de la pandémie. Et, surtout, leur permettre de recevoir un vaccin dont la sécurité est avérée, avant qu’ils ne repartent sur le terrain au Cambodge. » L’administration cambodgienne l’a d’ailleurs martelé : la vaccination conditionne désormais l’obtention d’un visa.
Le quotidien, lui, se durcit. Plusieurs semaines de confinement ont déjà poussé la population dans ses retranchements. La situation humanitaire se dégrade à vue d’œil, notamment dans les fameuses “zones rouges” de Phnom Penh, où tout déplacement est interdit, sauf urgence médicale. Les habitants y sont assignés à résidence, dépendant de l’État pour l’accès à l’eau et à l’aide alimentaire. Les pénuries se multiplient, les prix flambent, et la grogne commence à se faire entendre.
Les plus fragiles encaissent de plein fouet cette crise, tandis que le désordre ambiant ouvre la porte à des abus de pouvoir. Gagner sa vie devient impossible, les marchés sont à l’arrêt, et l’inflation des produits de première nécessité épuise les familles. Face à cette détresse, l’Église s’organise : distributions de nourriture, de masques, conseils d’hygiène, accompagnement psychologique pour les familles qui n’en peuvent plus. Pia Ruotsala, envoyée sur place par la Mission Society, le confirme : « Le moral est mis à rude épreuve. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour soutenir ceux qui traversent cette période difficile. »
La Finnish Mission Society ne se contente pas d’observer : elle pilote actuellement neuf projets dans le pays. Leur but ? Soutenir les minorités, épauler les communautés religieuses dans la lutte contre la traite, et défendre les droits des personnes handicapées. Depuis le début de la crise sanitaire, ces initiatives se sont adaptées : formation de travailleurs sociaux, campagnes de sensibilisation aux gestes barrières, actions pour renforcer la sécurité alimentaire dans les villages. Les mots d’ordre : s’adapter, informer, protéger.
Les membres de la mission officient auprès de l’Église luthérienne locale, mais ils n’ont pas pu bénéficier des vaccins disponibles sur place. Depuis plusieurs semaines, le quotidien se réinvente : télétravail, réunions par messagerie ou visioconférence, suivi des projets à distance. Une fois de retour en Finlande, cette organisation se prolonge : chacun reste mobilisé, en contact permanent avec les équipes cambodgiennes.
Le retour sur le terrain est déjà envisagé : il se fera dès que la vaccination aura été possible en Finlande. L’attente, bien sûr, pèse sur les épaules de tous. Mais la solidarité n’a pas disparu. Pia Ruotsala raconte : « Ma communauté de travail locale et la cheffe de l’Église, Sreyleak, soutiennent pleinement notre départ. Elles attendent avec impatience notre retour, confiantes que la vaccination nous permettra de reprendre notre mission. Même au Cambodge, chacun s’habitue aux échanges à distance, aux appels vidéo. Ce contact, même virtuel, nous maintient soudés et solidaires. On m’envoie en Finlande pour témoigner, pour raconter la réalité du Cambodge et solliciter la prière. L’Église cambodgienne veut que notre regard porte aussi jusque dans notre pays d’origine. »
La pandémie bouleverse les plans, mais l’engagement ne faiblit pas. Rester attentif, s’adapter, continuer à soutenir, de loin ou de près : le fil ne se rompt pas. Les visages derrière les écrans, les voix qui traversent les fuseaux horaires, rappellent que la solidarité ne connaît pas de frontière, et que chaque retour prépare déjà le prochain départ.
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