Montagne le plus haut du monde ou sommet le plus haut au-dessus de la mer ?

La montagne le plus haut du monde, c’est l’Everest. Tout le monde le sait, et pourtant la réponse dépend entièrement de ce que l’on mesure. Altitude au-dessus du niveau de la mer, hauteur totale depuis la base sous-marine, distance par rapport au centre de la Terre : ces trois critères désignent trois sommets différents. Comprendre cette distinction, c’est comprendre pourquoi le titre de plus haut sommet du monde n’a rien d’évident.

Altitude, hauteur depuis la base et géodésie : trois mesures, trois sommets

La confusion naît d’un mot que l’on utilise sans le définir : « haut ». En géographie, ce terme recouvre au moins trois réalités distinctes qui ne se recoupent pas.

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  • L’altitude mesure la distance verticale entre un point et le niveau moyen de la mer. C’est le critère le plus répandu, celui des cartes topographiques et des records d’alpinisme. Selon cette mesure, l’Everest culmine à environ 8 848 mètres d’altitude.
  • La hauteur depuis la base prend en compte l’intégralité de la structure géologique d’une montagne, y compris la partie immergée sous l’océan. Le Mauna Kea, à Hawaï, dépasse l’Everest sur ce critère.
  • La distance au centre de la Terre (critère géodésique) tient compte du renflement équatorial du globe. La Terre n’étant pas une sphère parfaite, un sommet situé près de l’équateur peut se trouver plus loin du centre que l’Everest, niché à une latitude plus élevée.

Chacun de ces critères a une légitimité scientifique. Aucun ne prime sur les autres de manière absolue.

Critère de mesure Sommet concerné Localisation Valeur approximative
Altitude au-dessus du niveau de la mer Everest Népal / Chine (Himalaya) ~8 848 m
Hauteur totale depuis la base sous-marine Mauna Kea Hawaï (États-Unis) Dépasse l’Everest en hauteur totale
Point le plus éloigné du centre de la Terre Chimborazo Équateur (Cordillère des Andes) Plus éloigné que l’Everest du centre terrestre

Carte topographique des plus hauts sommets du monde avec annotations manuscrites sur un bureau de chercheur en cartographie

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Everest et Mauna Kea : pourquoi la base change tout

L’Everest doit son altitude record à la collision entre la plaque indienne et la plaque eurasienne. Cette tectonique des plaques a soulevé la chaîne himalayenne jusqu’à produire tous les sommets de plus de 7 000 mètres de la planète, concentrés en Asie.

Le Mauna Kea, lui, est un volcan-bouclier né sur le plancher océanique du Pacifique. Sa partie émergée ne dépasse pas les quelques milliers de mètres d’altitude. En revanche, sa base plonge dans les profondeurs de l’océan, et sa hauteur totale depuis le fond marin dépasse celle de l’Everest.

La différence entre ces deux montagnes illustre un point fondamental : l’altitude (mesurée depuis le niveau de la mer) ne dit rien de la taille réelle d’une montagne. Elle indique à quelle hauteur se trouve le sommet par rapport à un repère conventionnel, pas la masse verticale de la structure géologique.

Un randonneur au sommet du Mauna Kea ne ressent évidemment pas la même chose qu’un alpiniste sur l’Everest. L’oxygène y est bien plus abondant, la température bien plus clémente. Le critère de la hauteur totale n’a donc pas grand intérêt pour l’expérience humaine d’un sommet. Il reste pertinent pour les géologues et les volcanologues qui étudient la formation des reliefs.

Chimborazo et le renflement équatorial de la Terre

Le cas du Chimborazo est le plus contre-intuitif. Ce volcan de la cordillère des Andes, en Équateur, ne figure même pas parmi les cent plus hauts sommets du monde en altitude. Son sommet se situe bien en dessous de celui de l’Everest par rapport au niveau de la mer.

Pourtant, le Chimborazo est le point de la surface terrestre le plus éloigné du centre de la Terre. La raison tient à la forme du globe. La Terre est aplatie aux pôles et renflée à l’équateur. Le rayon terrestre à l’équateur est sensiblement plus grand qu’aux latitudes de l’Himalaya.

Le Chimborazo, situé très près de l’équateur, bénéficie de ce surcroît de rayon. Combiné à sa propre altitude, cet effet géodésique suffit au placer plus loin du centre de la planète que l’Everest. Ce n’est pas une curiosité marginale : c’est une conséquence directe de la physique de la rotation terrestre.

Deux géographes en salle de conférence universitaire analysant une projection cartographique comparative des altitudes mondiales

Sommet le plus haut du monde : quel critère retenir pour la montagne ?

La convention internationale retient l’altitude au-dessus du niveau de la mer. C’est le critère des cartes, des expéditions, des records. Quand on parle du sommet le plus haut du monde, on parle de l’Everest, et cette convention ne va pas changer.

Les deux autres critères ne sont pas des alternatives « plus vraies ». Ce sont des mesures complémentaires qui répondent à des questions différentes :

  • La hauteur depuis la base intéresse la géologie structurale et la volcanologie. Elle mesure l’ampleur d’un édifice montagneux indépendamment de sa position par rapport à l’océan.
  • La distance au centre de la Terre relève de la géodésie. Elle intègre la forme réelle du globe et peut servir, par exemple, aux calculs de trajectoires satellitaires.
  • L’altitude au-dessus du niveau de la mer reste la référence pour la géographie, la météorologie et l’alpinisme, parce qu’elle décrit l’environnement physique qu’un être humain rencontre à un sommet donné (pression atmosphérique, température, oxygène disponible).

L’Everest reste le plus haut sommet du monde en altitude, le Mauna Kea la montagne la plus haute mesurée depuis sa base, et le Chimborazo le point le plus éloigné du noyau terrestre. Ces trois affirmations sont simultanément correctes.

La confusion vient presque toujours du fait qu’on emploie le mot « haut » sans préciser le référentiel. Préciser ce que l’on mesure suffit à dissiper le débat. Il n’y a pas de « vrai » plus haut sommet caché derrière l’Everest : il y a trois questions distinctes, avec trois réponses factuelles.