L’île des lémuriens, surnommée « le huitième continent », s’est longtemps dressée à l’écart du reste du monde. Pendant des millions d’années, la faune et la flore de Madagascar ont évolué à leur propre rythme, protégées des influences extérieures. Résultat : 90 % des espèces présentes sur l’île n’existent nulle part ailleurs. Les lémuriens, par exemple, ont déjà vécu en Afrique, mais la compétition avec les prédateurs et les singes du continent les a condamnés à disparaître. Si Madagascar n’avait pas été isolée il y a 100 millions d’années, les lémuriens auraient probablement suivi le même chemin, effacés de la planète. Aujourd’hui, seuls les forêts et les parcs de Madagascar abritent encore ces primates uniques au monde.
Madagascar, quatrième plus grande île de la planète après le Groenland, la Nouvelle-Guinée et Bornéo, s’étend sur 1570 kilomètres de long pour 570 kilomètres de large, soit un peu plus que la Suède. Près de 25 millions de personnes y vivent. Bien que rattachée géographiquement à l’Afrique, la population malgache affiche des traits d’Asie. La raison : la migration s’est faite principalement depuis l’Asie du Sud-Est, et seulement en partie depuis l’Afrique. Le malgache, langue principale, appartient d’ailleurs au groupe austronésien, proche de l’indonésien occidental. Les habitants se répartissent en 18 groupes ethniques, chacun avec ses traditions et ses usages. Le vivre-ensemble fonctionne : ces identités cohabitent, tissant un patchwork humain singulier.
Passée sous domination française en 1896, Madagascar n’a pas accepté ce statut sans résistance. Des insurrections ont rythmé la colonisation. L’indépendance, obtenue en 1960, a laissé place à une dictature socialiste soutenue par Moscou. Ce n’est qu’en 1993 qu’un véritable scrutin libre a pu s’organiser. Mais la stabilité n’est venue que bien plus tard, après des décennies de coups d’État, de tensions et d’incertitudes. Depuis l’élection présidentielle de 2014, le pays respire davantage, et les perspectives se dégagent peu à peu.
La traversée classique, celle que nous avons nous-mêmes organisée, relie la capitale Antananarivo au sud-ouest de l’île sur un peu plus de 100 kilomètres, à parcourir en une semaine. Ce chemin fait découvrir des paysages variés : collines verdoyantes, rizières en terrasses, forêts tropicales et villages aux maisons de terre battue. Les hôtels flambant neufs proposent une cuisine de caractère, et la différence avec les années passées saute aux yeux. Les déplacements, longs mais ponctués de scènes de vie, piétons, pousse-pousse (rickshaws), charrettes tirées par des zébus, motos, ne laissent jamais place à l’ennui. La route principale, aujourd’hui largement asphaltée, traverse le cœur du pays, reliant les hauts plateaux à la dense forêt tropicale du parc national de Ranomafana. Là, douze espèces de lémuriens cohabitent avec des mammifères aussi rares que la fossa, le mangouste ou le caméléon, sans oublier des reptiles aux allures de créatures fantastiques, comme le gecko satanique à queue de feuille.
Sur ce parcours, la ville universitaire de Fianarantsoa s’impose comme un carrefour du savoir. Son nom signifie d’ailleurs « bonne éducation » : elle rayonne aussi grâce à l’industrie viticole montante. Les coteaux alentour voient fleurir de nouveaux vignobles, tandis qu’au fil du trajet le paysage se fait plus sec. Les éleveurs nomades poussent leurs troupeaux de zébus à travers des plaines arides, avant que n’apparaissent soudain des canyons impressionnants et les fameux baobabs. Ces géants centenaires, reconnaissables à leur tronc massif et leur frondaison minuscule, stockent des litres d’eau pour survivre aux sécheresses. Au cœur de nombreux villages, un baobab sacré rappelle leur place dans la spiritualité locale.
Impossible d’évoquer Madagascar sans parler du « fady », ce système de tabous qui structure la vie quotidienne. Chaque communauté possède ses propres fady, qui déterminent ce qui est permis ou interdit, jusque dans les gestes les plus simples. Une tradition parmi les plus marquantes reste la famadihana, ou « retournement des morts ». Lors de cette cérémonie, les défunts sont sortis de leur tombeau pour rejoindre la fête familiale : on danse, on partage des souvenirs, on enveloppe à nouveau le corps d’un linceul avant de le remettre dans sa sépulture. Cette coutume, aussi déroutante qu’inspirante, crée un lien fort entre vivants et disparus, et resserre les liens familiaux autour de la mémoire commune.
Madagascar figure parmi les pays les plus pauvres du globe, mais l’accueil et la fierté de ses habitants marquent durablement les voyageurs. Nous avons accompagné plusieurs groupes sur ces routes, et proposé des séjours sur mesure à ceux qui souhaitaient découvrir aussi les plages idylliques de la région de Nosy-Be, au nord. Un coin de paradis que l’on peut aisément intégrer à un circuit sur l’île principale. Un voyage de découverte y est d’ailleurs en projet.
Le quotidien malgache, c’est cette capacité à conjuguer traditions ancestrales et vitalité contemporaine, sur un territoire dont la diversité n’a pas fini de surprendre.
JW
c

